Delphes
Posté : 19 févr. 2010 12:00
Le temple d'Apollon, l'Oracle (la Pythie, qu'il fallait sans cesse alimenter pour qu'elle fonctionne, témoin le dicton "la Pythie vient en mangeant"), les ruines sublimes devant lesquelles quelques uns se pâment, tandis que d'autres balancent discrètement leur emballage de chewing-gum derrière une colonne, le site enfin qui, lui, tient le rôle principal en réalité et incite le visiteur-randonneur à lorgner vers les montagnes alentour en quête de tranquillité. Un Français moyennement cultivé est malgré tout imprégné de culture hellénique et il ne peut passer par cet endroit sans songer à Homère, à Euripide, aux cités grecques, et bien sûr à la philosophie, à l'histoire, aux mathématiques, bref à une culture à laquelle nous devons beaucoup et dont les grands mythes nous habitent encore aujourd'hui. Mais il faudra que le Français en question oublie totalement ce qu'il a appris de cette Grèce idéale en parcourant ce pays (de 1977 à 2010, les choses auront peu changé à mon avis), en voulant bien admettre que 1500 ans d'orthodoxie, de domination ottomane, de pillages économiques et culturels éhontés (Anglais, Français, Allemands, Russes, etc.)de gouvernements régnant à coups de prébendes ou de violences, d'archaïsme social et politique, ont rendu cette terre, si pauvre encore, xénophobe (on est et on reste le "métèque", surtout si un pépin arrive là où vous passez : le responsable - même de manière occulte - ce sera vous, l'étranger), ignorante et méchante. Il ne faut pas se laisser leurrer par la bonne humeur curieuse, les claques dans le dos ou le verre offert : réflexes faits plus pour amadouer que pour connaître et estimer. Je parle là essentiellement des campagnes, des provinces et Athènes ou les grandes villes offrent en général un visage plus ouvert (mais c'est le cas partout en Europe...), à condition de n'avoir surtout pas affaire à la police, à l'administration, aux banquiers (le virement que vous attendez - et qui est arrivé - servira à spéculer sur le court terme et vous n'en verrez la couleur que trois semaines plus tard). Nous étions en autonomie complète, avec tente et matos de rando, mais en voiture quand même (Paris - la Crète, via la Yougoslavie post-Tito, c'est pas de la tarte, "folklore" mécanico-politico-gastro-culturello-policier garanti). Bref, nous aurions sûrement conservé nos illusions en voyageant dans un groupe organisé. Mais les chouettes souvenirs restent néanmoins, ainsi la nuit dans un duvet, le nez dans les étoiles, allongé sur la passerelle d'un rafiot que maintiennent à flot les dix-sept couches de peinture (entre le Pirée et La Canée) ; oui sur la passerelle car en cas de naufrage, tout à fait vraisemblable sur un bateau grec, on aura une chance de ne pas périr écrasé dans une cambuse surpeuplée et d'avoir une place dans un canot pourri (les bouées se décomposent par simple pression des doigts...). Bon voyage !!
http://fr.wikipedia.org/wiki/Delphes
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